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à Tokyo

 

    Le printemps ; avec l’automne, la meilleure saison pour visiter le Japon. Qui n’a jamais entendu parler des cerisiers du Japon. Ces derniers sont plus connus pour leurs fleurs que pour leurs cerises. Normal, ces arbres font des cerises immangeables. Ces cerisiers doivent leur réputation à seulement deux semaines dans l’année. Ces 2 semaines-là, très attendues par les japonais, sont l’occasion de fêter ce qu’on appelle le Hanami. Littéralement, “hana” pour fleur et “mi” pour regarder. Le principe de cette fête est très simple : regarder les cerisiers entre amis.

    Traditionnellement, le Hanami consiste à se reposer aux pieds des cerisiers en bonne compagnie et apprécier la beauté des fleurs tout en dégustant des spécialités culinaires. Aujourd’hui, c’est surtout une bonne occasion de boire avec ses amis en organisant des pique-niques dans des parcs. Il en résulte une ambiance chaleureuse. Le problème est que certains sont tellement ivres, que finalement ils passent à côté de l’essence même de cette fête : regarder les fleurs. Néanmoins, je garde des souvenirs impérissables de cette période-là au Japon car c’est une bonne occasion de   faire de belles rencontres.

Je me souviens de ce jeune japonais qui s’apprêtait à se dévêtir sûrement sous le coup de l’ivresse et d’un paris entre amis. Voyant ce qui allait se passer, j’ai voulu immortaliser ce moment unique. Cela est représentatif de l’ambiance folle qu’il peut y avoir pendant le Hanami. Petite précision : heureusement il n’est pas allé jusqu’au bout.

Comme vous pouvez le voir ci-contre, voici le genre de prévisions météorologiques du début de la floraison des cerisiers au Japon en fonction du climat. Dans cet exemple, c’est le 31 mars que devrait commencer le Hanami à Tokyo tandis que dans le grand nord, c’est à partir du 10 mai. Le Japon est un pays qui s’étend sur plusieurs milliers de kilomètres du nord au sud. Afin que vous vous rendiez compte de sa diversité météorologique, sachez qu’à Okinawa, l’extrême sud de l’archipel, les cerisiers fleurissent dès Janvier.

    Du début jusqu’à la fin, la période du Hanami est magnifique. Lorsque les pétales tombent des arbres, la beauté ne se trouve plus en levant les yeux mais en les baissant.

Sur les routes, l’herbe, les étangs, les bancs, des tapis de pétales blanches ou roses si denses, qu’ils recouvrent parfois totalement l’endroit où ils se trouvent. 

    Pourquoi les japonais vouent-ils un tel culte à ces cerisiers ? Au delà de la beauté de ces fleurs, c’est la portée philosophique qui se cache derrière elles qui plaît et qui est la base de beaucoup d’éléments de la société japonaise. Tout pourrait être réduit en deux mots : beauté éphémère.

Les fleurs de cerisiers sont belles parce qu’elles sont rares. On en peut en profiter que 2 semaines sur une année entière. Cela les rend en quelques sortes précieuses aux yeux des gens. La beauté simple devient magnifique lorsqu’elle est éphémère. On aime l’originalité quand elle est baignée de banalité, on aime la vraie gentillesse car elle est rare, on aime le bien car le mal existe.


    La vie au Japon a toujours été éphémère. Les gens ont dû se plier aux menaces de la nature et cette dernière a toujours influencé le mode de vie des japonais. Les choses n’étaient pas pensées pour durer comme en Europe et devaient pouvoir être remplacées un jour. C’est de là que vient aussi toute la pureté sobre des arts japonais. Il ne fallait pas en faire trop et se contenter de choses simples bien ajustées. Les maisons se construisaient très rapidement et ont dit même que durant l’époque d'Edo, un japonais pouvait plier bagages en 15 minutes. Les biens matériels n’avaient pas la même importance qu’en Europe. Aucun volcan, aucun tsunami, aucun tremblement de terre ne peut détruire le savoir que l’on a emmagasiné en soi pendant des années. Il fallait choisir entre cultiver des biens matériels ou cultiver sa qualité en tant que personne. Le choix s’est fait rapidement. Depuis toujours, le Japon est une terre qui regorge de personnes qui cherchent à se perfectionner dans leur voie.


Quand je vois un pétale de cerisier, c’est toute la société et l’histoire du Japon que je vois.

Tokyo

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